La réunionite est une maladie managériale. Voici son antidote.
Planning saturé, enchaînement de réunions inefficaces, décisions diluées dans des échanges sans fin… La « réunionite » est une pathologie bien connue des services RH et des managers. Elle nuit à la motivation au travail, mine la productivité des équipes et affecte même le bien-être au travail. Pourtant, des solutions concrètes existent pour soigner ce mal structurel.
La réunion, outil de management ou perte de temps ?
Dans un environnement professionnel marqué par des exigences de réactivité et de performance, la réunion devrait être un levier de management efficace. En théorie, elle favorise la coordination, stimule le leadership, et aligne les actions. En pratique, elle se transforme souvent en un rituel épuisant, chronophage, et contre-productif.
Selon une étude menée par l’Institut OpinionWay pour Empreinte Humaine (2022), 76 % des salariés estiment participer à trop de réunions. Pire encore, une réunion sur deux est jugée inutile. Le coût caché de cette surconsommation est colossal : baisse de l’engagement, surcharge mentale, perte de concentration… autant de facteurs qui pèsent sur la gestion RH au quotidien.
Le rôle central des RH et des managers dans le changement
Les directions des ressources humaines ont un rôle clé à jouer pour endiguer ce phénomène. En collaboration avec les managers, elles peuvent repenser les formats, les fréquences et les objectifs des échanges collectifs.
Première étape : poser un diagnostic précis. Quels sont les types de réunions qui engendrent de la lassitude ? Qui est réellement nécessaire à chaque point d’échange ? Quelle est la valeur ajoutée de ces rencontres ?
Deuxième étape : mettre en place une culture managériale centrée sur l’efficacité. Cela suppose de former les managers à l’animation de réunions brèves, ciblées et orientées résultats. Un bon leadership ne se mesure pas au nombre d’heures passées en salle de réunion, mais à la capacité à faire avancer les équipes de manière autonome.
L’antidote : ritualiser sans rigidifier
Il ne s’agit pas de bannir les réunions, mais de les réhabiliter intelligemment. Voici quelques pratiques inspirantes :
- Limiter la durée à 30 ou 45 minutes : au-delà, l’attention chute.
- Utiliser des outils collaboratifs (Trello, Notion, Klaxoon) pour préparer, suivre et capitaliser les échanges.
- Mettre en place une réunion hebdomadaire unique, où chacun partage avancées, blocages et priorités.
- Instaurer le “sans réunion” un jour par semaine, pour redonner aux collaborateurs du temps de concentration profonde.
La technologie peut aussi être un allié. Les visioconférences, bien que massivement utilisées depuis la crise sanitaire, peuvent être optimisées. Utilisées à bon escient, elles permettent de maintenir le lien sans imposer la présence physique, réduisant ainsi les déplacements et la fatigue.
Un levier pour le bien-être et la motivation au travail
Un planning allégé en réunions superflues permet de libérer du temps pour les tâches à haute valeur ajoutée, pour la créativité, et pour le bien-être au travail. C’est aussi un moyen de reconnaître l’autonomie des salariés, de renforcer la motivation, et de favoriser un management par la confiance plutôt que par le contrôle permanent.
Les équipes RH peuvent aller plus loin en intégrant ce sujet dans leur politique de qualité de vie au travail (QVT), en mesurant régulièrement la charge cognitive liée aux réunions, et en ajustant les pratiques en fonction des retours des collaborateurs.
Conclusion : Vers un management plus intelligent
La réunionite est révélatrice d’un management en quête de repères. Elle souligne le besoin d’un leadership plus clair, d’une communication mieux structurée et d’une gouvernance plus agile. En s’attaquant à cette problématique, les ressources humaines peuvent améliorer la performance globale, la gestion RH quotidienne, et renforcer la cohésion des équipes.
Plutôt que d’éliminer la réunion, il s’agit de lui redonner sa vraie fonction : un moment de synchronisation, de décision et de dynamisation collective. C’est à ce prix que les entreprises pourront renouer avec une dynamique de travail plus fluide, plus sereine et plus motivante.
Sources :
- OpinionWay pour Empreinte Humaine, Baromètre QVT 2022 : https://www.empreintehumaine.com
- Harvard Business Review : “Stop the Meeting Madness”, juillet 2017.
- INRS : “Réunions professionnelles et santé au travail”, 2021.
- Fondation Jean Jaurès : “Réunionite aigüe, fléau français ?” 2023.

